La Déployée – Lilith

dans tes veines,
Lilith ourdie des mains,

tu te penches sur les crues vacantes,
la Désirante.
*

elle n’est plus l’Inféconde
mais la Déployée,

elle habite les lieux,

_ la lune découvre le drap.
*

dans le peuplement de l’ocre
la danse nerveuse des mésanges.

et dans l’écart du Dehors,
se déplie l’impérieux songe ;

le corps avance sa grande ombre-
source.
*

elle connaît le désert
la lacune des routes,
les mains contenant l’armure du vide,

maintenant, le creuset visité du corps.

elle entend (du vent)
le prologue et la promesse,
le germoir qui s’ouvre,
le passage inattendu
pour des pas dans la neige.

donne-lui ton nom,
Fertile.
*

des bras saisissent la nuit
sur les rêves impatients

_ le consentement de la lune,

et par l’aurore se décline
la rive rougie des yeux,

les premiers chants à l’heure des matinaux
visitent les oiseaux nocturnes,

l’étreinte seule dans le repli du corps.
*

Silence _ dévalement
par le grand Éloigné,

toutes tes peaux
en toi son ombre enclavée

toutes tes eaux
son habit, ta persévérance.
*

le chant multiple dans les couloirs
du corps _ mesure de l’Absence _
j’entends ta matière solide
j’écoute l’os de ton crâne,

souche effleurée des réminiscences.
*

donne-toi ton Nom
donne-toi ton Nom

avec les bruits des enfances,
le risque des oiseaux migrateurs
*

notre nuit et nos nuits _ la Charpente _

portant la nichée contractile,
la géologie de notre langue.
*

_ crête du corps,

la feuille qui tombe
effleure le ravissement
de la marche sur la digue.
*

obsédant, le brame des étoiles isolées,
la retenue dans la fourrure du corps,

engouffrée par l’entrée d’une aube,
la parole tonnante.

du sommeil congédié
par la nudité insolente des bras,
_ le chant-fou.
*

avec la liseuse des averses,
des chutes,

dans le tout Dedans :
_ la pose lisse du déserteur.
*

dans l’antichambre des yeux résolus
dans les gestes de l’arbre albinos
dans la veille informulée des secrets,

la parole héliotrope court dans la ruche du jardin.
*

la lie des lèvres _ ils voient ;

l’animalité des eaux,
toujours
le désir d’être nés
du corps Autre et Même.
*

d’Elle l’intoxication des ruines
et la noyade _ les attouchements
dans l’arrogance du désir ;

pourquoi la vacance de ton ombre
pourquoi étouffes-tu tes yeux

ils savent habiter la stérilité
des plaines.
*

dans la grande forme immense-ouverte,
l’inaudible,
le grand Museleur ;

des tisons,
dans le soulèvement du doute,
tu es la Tactile.
*

dans délier l’embrasure :
le vocable blanc des mains
offerte à la saillie lunaire.
*

dérivation nouvelle
_ lumières courbes,

la nuit partout est une mer de lait.
*

d’une fissure de terre haute,
coule les fluides des corps :

lycaons nocturnes des souffles.
*

_ et de ces nuits et de toutes les autres,

les loups turbulents ;

Elle se fait rouge, ouverte d’infinis désinscrits des routes.
*

tu es là
quand les jardiniers ouvrent la porte,
tu dors dans le seuil.
*

leurs voyances sont vivantes : les indomptées,
les réelles de l’eau artisanes des chants ajourés,

les rieuses, les voleuses, les buveuses clandestines ;

les granits et les anges
te rêvent ;
dans l’ajustement des pas, le noir de jais
te met bas se prélassant de ton Nom.
*

l’insistance de la maison retranchée

inconnue de l’aval des champs,
des dessins indélébiles,
des pleurs rouges de l’enfant,

étrangère
à la topographie des déserts ;

avec cette attente imposée du muet,
le péril de la patience du jardin.
*

avec la ligue des vents limeurs,
la glaneuse veille sur les rives simples.

Juliette Fontaine, Poèmes, 2006

Image : Dessin d’une série de 34 dessins, Carnet Insomniaque, 2004-2005