Des pas sur Moà-neige

sa marche dans le visage du monde,

elle sait la visite du corps absent.

sur l’éclat de la rive, sa vivante,
l’oiseau dans le nid musculeux,
le désir dans la tanière soustraite au lait,

(elle attendait) l’ouverture des douves.






la parole des corps chevauche la soudure des eaux séparées,
l’enchantement de la plaine contre le rapace dans l’homme,
sa rougeur,

le scribe des nuances du ciel sur la bête vivante et libre,
l’arbre dans l’enfant de la terre tourmentée par l’ogre;

toi — l’habitant de l’écluse,
l’ivrogne des déserts avancés,
je t’entends,

les pas de ton échine rieuse :
une flûte faite de ton os,
le chant de ton rut démuni.






seule —
avant les musiciens, elle se lève,
livrée à la retraite des bras-pieuvres,

son corps —
le consentement lisse de sa solitude,

elle se lève avant la nausée blanche du jour,
seule — sans rêve au pied du totem.

la rivière d’elle, de l(ombre
la clairière — et du désert,

sur la route du vitrier, elle se couche enfin,
défenestre la proue — sa carne,
pour glaner un reste de lumière,
dans le lit casqué en elle de la bête.






les nœuds de sa main d’infante sur l’avenir des crues,
l’érection des pistils par sa voix, par sa dérive,

on entrevoit sa tête végétale et on entend son rire de folle.

l’abandon en elle, couvre-feu.

(à Lol. V. Stein)






écoute l’eau — la pluie-Shoënberg,

les doigts des nues
désignant ton être solifuge
— habité,
avec la découpe du visage même,

cherche toujours
ce visage — la chute de l’icône,
dans les plis de la robe de l’animal épris.






de par les tumeurs du vent

hystérique incertain,

le corps en contre-nuit des routes nocturnes,
elle se laisse rouler jusqu’au bas du champ jaune.






il est
le premier homme
sur le chemin de terre simple
sur tout le corps somnolent,

de la brume sa ruche
la naissance de ses yeux,
marchant à tâtons dans le pli des choses,
de son rire des mains
de sa langue d’enfant
il est le premier homme,

il est le premier homme
qui se dresse devant les ciseaux de la lumière,
claire.






que dit-il quand il s’écoute

avec quels gestes du monde,
quelles caresses
d’hiver, des fourrures froides.

que dit-il quand il se parle

à la rive du grand lit déserté dans la clôture,
il se lève de la jointure du corps à peine apparu,
hélé par l’inachèvement bavard des lunes.






il y a une si grande main sur la fenêtre ouverte,
ombre de l’enclos des premiers pas
— ajournement du corps qui se lève,

elle soulève sa jupe entière devant le jeu opaque du vent.






quelle fatigue ? — dans la termitière des mains
quand elles serrent les hanches du pré loué au jour qui entre,

quelle fatigue ? —
dans le pressoir des heures sur le visage offert à lui-même
quand il ne craint plus la peur des blés perdus.






il a le corps couché sur le chants des merles vaniteux avec les mésanges ouvrageuses,
il a le corps couché, il dort — et tout près les bras de la petite veilleuse,
il a le corps fatigué de l’homme qui se lève dans la parole des hommes muets,
il a le corps couché sur la rive de l’indien tué par le singe,
et il dort dans son corps, dans sa mémoire,
— son odeur blanche.






il s’ouvre une partie noire du ciel
tandis qu’effondrée la pierre dans le désert des dingos

respire encore.

bien loin de la terre rouge,
elle flotte au champs de colza
avec une main sur le ventre

elle respire encore
et passe la porte du bois.

bien loin,
l’empreinte des doigts sur la roche
prie bleu pour le vestige de rivières,

et sur la couverture du gel,
respire encore
le loup qui pardonne à l’homme buvant à même la neige.






quand elle crie dans le buvard de sa propre voix,
sa robe s’ouvre au col barbu du chêne.






pourquoi lorsque tu caresses ton visage
dans le cri de l’ange la peur de naître
il y a d’autres mains
avec tes pieds nus dans les torrents
de l’herbe,

— l’aube.






— dénuement passager de laine.






congédie l’attente des pas promis vers le col,

sois seule,
totalement seule,

délie tous tes bras
et nage dans la densité brute :

l’ombre sur l’herbe recule lentement,
et quitte le jardin.






il y a du noir sur ton visage
sur tes doigts

il y a une doublure dans le paysage
à peine visible
dont l’odeur fait fuir les bêtes

il y a du noir sur ta bouche
sur toute ta bouche

et encore dans la parole improbable
que fais-tu à errer sur le tapis de tourbe

que cherches-tu dans les soubresauts de la maison morte ?






elle est assise sur le bord du lit visité ;

— elle se lève vers le fantôme ténu du ciel.






les chants pleurent,           ceux des pleureuses de la terre —

dedans la couverture arrondie,
sort le petit corps

— son chant neuf.